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La fin du Web gratuit avec Facebook payant?


Si vous ne partagez pas cet article à 15 de vos contacts, Facebook deviendra payant ! Et cette fois, Mark Zuckerberg pourrait bien être sérieux. Rien à voir avec nos audiences, soyons sincères. Mais les réseaux sociaux, dont ceux du groupe Meta (Facebook et Instagram), ont jusqu’au 6 mars 2024 pour se conformer avec le règlement européen sur les marchés numériques (DMA). Et celui-ci ouvre en grand la porte à la possibilité de faire payer pour bloquer la collecte de vos données personnelles. 

Meta pourrait ainsi proposer un service à 10 euros par mois pour un compte Facebook ou Instagram débarrassé de la publicité sur ordinateur, 13 euros pour le mobile. Et tant pis pour la promesse d’un Facebook « toujours gratuit », chère à Mark Zuckerberg. La fin de l’ère du Web en libre accès ? « La gratuité du Web est un mythe », répond du tac-au-tac Karine Berthelot-Guiet, professeure en sciences de l’information et de la communication au Celsa-Sorbone Université. C’est vrai, pour surfer sur la Toile virtuelle, il faut d’abord acheter un ordinateur ou un smartphone et payer un forfait. Ou, a minima, payer quelques euros dans un cybercafé. « Même quand on vous promet un wifi gratuit, souvent c’est parce que vous consommez dans un fast-food par exemple », appuie l’universitaire.

Le mythe du Web libre

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Mais si payer a toujours été la condition pour accéder au Web, pourquoi sommes-nous si attachés à le voir comme un espace gratuit ? Cette notion était présente dès le départ dans l’esprit de ses fondateurs, confiait il y a quelques années Tim Berners-Lee dans les colonnes du Guardian : « j’ai imaginé le Web comme une plateforme ouverte qui permettrait à tout le monde, partout, de partager des informations, d’avoir accès à des opportunités et de collaborer par-delà les frontières géographiques et culturelles. »

« Il y avait un côté libertaire, c’était un système de l’armée repris par les universitaires, avec une idée de libre parole », abonde Karine Berthelot-Guiet. L’idée s’est renforcée lorsque les premiers médias arrivés sur Internet « n’ont pas choisi un système payant ». Dès lors, « les gens ont été habitués à un système gratuit avec des pubs », dans lequel « on acceptait les cookies sans le savoir ». 

La donne a changé en 2016, avec la règle sur la protection des données. Quelques mois plus tard, Tim Berners-Lee écrivait « nous avons perdu le contrôle de nos données personnelles », dans un texte sur « trois choses qu’on doit changer pour sauver le Web ». La RGPD a permis de choisir plus clairement de refuser cette collecte, mais la gratuité en devenait intenable.

Publicité ou abonnement, stratégies payantes

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Renaud Varoqueaux

Sans publicité ciblée, les revenus de certains sites ont chuté. Et les médias ont rapidement mis en place une barrière à l’entrée, laissant le choix entre accepter les cookies ou payer un abonnement. « Depuis deux ans, les gens comprennent que ce n’est pas si gratuit », estime Karine Berthelot-Guiet, qui note que généralement, « on paye les médias papiers, sinon on sait que c’est la publicité qui finance, ce modèle de pseudo-gratuité est assez connu. » Payer pour surfer, c’est « la mise en évidence brutale de quelque chose qu’on savait intuitivement », selon elle. « Les gens sont préparés, les réseaux sociaux étaient le dernier bastion », et le DMA est quelque part l’évolution logique de la RGPD.

Twitter, devenu X, a déjà mis en place une formule payante, en échange de « moins de publicité ». « TF1 a une offre de replay sans pub », cite l’universitaire, alors qu’aux Etats-Unis, Netflix propose à l’inverse de payer moins cher contre des pages de pubs entre deux épisodes de Sex Education. Reste le risque de perdre des utilisateurs avec une plateforme payante. « C’est une destruction créatrice, il y a un choix stratégique à faire » pour la plateforme, défend-elle. Côté usagers, « est-ce que la valeur ajoutée du réseau social va être suffisante » pour accepter de payer ?

Des fake news aux futures news

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« Aujourd’hui, la plupart des gens trouvent des informations sur le Web via une poignée de sites de réseaux sociaux » qui « gagnent plus d’argent lorsque nous cliquons », critiquait Tim Berners-Lee en 2017. TikTok, Google, Instagram « choisissent ce qu’ils veulent nous montrer en fonction d’algorithmes qui apprennent de nos données personnelles ». Ce tableau évolue, et « Facebook est en pleine mutation », relève Karine Berthelot-Guiet. Déserté par les jeunes et « les marques », le père des réseaux sociaux est « languissant », voire en état de mort cérébrale. Citadelles de la liberté d’expression mais aussi repaires de la désinformation et des fake news, notamment pendant les élections présidentielles américaines, « les réseaux sociaux se pensent désormais comme médias », « avec de la curation et une ligne éditoriale », analyse la professeure des universités, aussi « le modèle de financement arrive avec ».

Par ailleurs, les données collectées en échange de la gratuité portaient une menace, selon Tim Berners-Lee. « En collaborant avec les entreprises, les gouvernements surveillent également de plus en plus chacun de nos mouvements en ligne », ce qui met en danger blogueurs et lanceurs d’alertes dans les pays autoritaires. En creux, rendre les réseaux sociaux payants pourrait porter une vertu : que viendraient y faire les harceleurs et internautes malveillants, alors que leur moyen de paiement pourrait encore plus clairement permettre de les identifier ?

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Author: Sarah Stephens

Last Updated: 1703584082

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